Dimanche 21 mars. 2e tour des élections régionales. En Paca, une triangulaire opposera Michel Vauzelle (union de la gauche), Thierry Mariani (UMP) et Jean-Marie Le Pen (FN). Une configuration “classique” déjà éprouvée en 1998 et en 2004. Dans un contexte de crise économique et sociale et de défiance vis-à-vis de la politique gouvernementale, que peut-on attendre de ce scrutin?
1. Les abstentionnistes iront-ils voter ?
Et si oui, à qui profitera leur vote, serait-on tenté d’ajouter ? En région Paca, l’abstention a atteint des sommets au 1er tour dimanche dernier. Avec un taux de participation qui n’a pas dépassé la barre des 45% (44,88%), les électeurs ont donc très largement boudé le scrutin, bien au-delà de ce que laissaient présager les enquêtes d’opinion.
Par désintérêt ? Pour dénoncer un système politique dans lequel ils ne se reconnaissent plus ? Pour sanctionner la politique gouvernementale ? Sûrement un peu des trois. Mais est-ce que pour autant l’entre-deux tours a permis de réconcilier les électeurs avec un scrutin intermédiaire peu couru ? Rien n’est moins sûr.
Les trois partis encore en lice – PS, UMP et FN – ont insisté toute cette semaine sur la nécessité de mobiliser les abstentionnistes.
A gauche, “pour choisir un autre modèle de société que celui de Nicolas Sarkozy” mais également “pour faire barrage” au FN . Un rassemblement – de militants entre eux – a même été organisé vendredi 19 mars à Marseille pour dénoncer “les campagnes nauséabondes sur l’identité nationale et la stigmatisation de la jeunesse et des immigrés menées par le pouvoir”. Et après ?
A l’UMP, on est persuadés que “l’abstention est de droite”. En même temps, Thierry Mariani et les siens ne veulent pas reconnaître que “les abstentionnistes de droite” ont sanctionné, précisément en n’allant pas voter, la politique du gouvernement. Comment alors les remobiliser sans un minimum d’humilité et d’auto-critique ?
Les électeurs qui ont préféré rester à la maison la semaine dernière ont également fait ce choix parce que la campagne des élections régionales ne les a pas passionnés.
2. Quelle marge de manoeuvre pour Thierry Mariani ?
Elle est faible. Même sorti en tête du peloton au premier tour avec 26,6% des suffrages exprimés, la tête de liste UMP ne dispose pas d’un réservoir de voix considérable, contrairement notamment à son principal adversaire, Michel Vauzelle, qui profitera de l’alliance avec le Front de Gauche et Europe Ecologie.
Comme au niveau national, Thierry Mariani a dit et répété que son salut viendrait pour partie de la mobilisation des abstentionnistes du 1er tour. Sera-t-il parvenu à convaincre ces électeurs au cours des quelques jours de l’entre deux-tours ? Pas sûr. Une chose est à peu près certaine: ce n’est pas la venue en nombre (et peu sérieuse) des ministres du gouvernement cette semaine qui devrait changer grand-chose…
L’autre levier sur lequel Thierry Mariani peut éventuellement espérer jouer, c’est évidemment d’aller titiller l’électorat d’extrême-droite. “Ne vous trompez pas le 21 mars prochain”, a-t-il répété à plusieurs reprises cette semaine à l’attention d’électeurs qui lui ont préféré Jean-Marie Le Pen au premier tour.
A trop vouloir faire campagne sur des thématiques qui sont la base même du discours frontiste – sécurité, chômage, immigration – Thierry Mariani n’a-t-il pas participé à brouiller les cartes ? N’a-t-il pas semé son électorat ?
Dernière question: le candidat UMP peut-il espérer bénéficier d’un report de voix des électeurs d’Europe Ecologie ? Sébastien Barles, directeur de campagne de Laurence Vichnievsky, en doute: “L’étude TNS-Sofres l’a bien montrée: notre électorat devrait se reporter massivement à gauche, à plus de 85%. A peine 8% pourrait voter UMP”. Un peu moins d’un électeur sur dix ? pas sûr que cela suffise à Thierry Mariani…
3. Doit-on craindre le Front National ?
Le score du FN est-il inquiétant ? L’ensemble de la classe politique, à gauche comme à droite, s’est émue dimanche dernier des scores enregistrés par le parti de Jean-Marie Le Pen. En Paca, s’il est loin de son score historique de 2004 (près de 23% au 1er tour des Régionales), le FN a passé la barre des 20%.
Dans plusieurs villes de la région – Marignane et Cavaillon notamment – le FN a même viré en tête dimanche dernier, avec plus de 30% des suffrages. A Marseille, le Front n’est qu’à un point derrière l’UMP et la liste conduite par Stéphane Ravier (Bouches-du-Rhône) a devancé celle de l’UMP Bernard Deflesselles dans sept arrondissements sur les seize que compte la ville.
En même temps, que peut espérer le parti de Jean-Marie Le Pen au second tour ? Le vieux leader frontiste a expliqué cette semaine qu’il visait “au moins les 25%” dimanche prochain. Un objectif réaliste ? Oui et non.
Non dans la mesure où, dans le cadre d’une triangulaire, une partie de l’électorat de la droite qui a voté extrême au 1er tour retourne généralement au bercail au 2nd. Cela avait été le cas en 2004 où la liste FN avait rendu près de 2 points à l’UMP : 22,95% au 1er et 21,01 au 2nd.
Oui car le FN peut espérer bénéficier d’un bon report de voix de la liste conduite par le maire d’Orange, Jacques Bompard, même si les deux hommes se détestent aujourd’hui au moins autant qu’ils se sont aimés hier. La Ligue du Sud a obtenu 2,7% dimanche dernier, plus les 20,29% du FN, on n’est plus très loin des 25%.
4. Qu’est-ce qui pourrait empêcher Vauzelle de l’emporter ?
Peut-on poser la question sans risquer d’être catalogué journaliste de gauche ? Ben oui. Prend-t-on un risque à la poser ? Michel Vauzelle s’est déclaré “raisonnablement confiant”. Ce qui, sans langue de bois, pourrait être traduit par:
Merci aux électeurs et électrices de la région Paca de m’avoir confié ce troisième mandat”.
Mathématiquement, Michel Vauzelle a toutes les cartes en main. En PACA et malgré des divergences de fond sur certains dossiers, l’alliance du PS avec le Front de Gauche et Europe Ecologie a considérablement pesé dans la balance et douché les espoirs de Thierry Mariani.
Le président sortant devrait profiter, en outre, du report de voix d’une partie des électeurs:
- du NPA : 2,11%
- de l’Alliance Ecologiste Indépendante (sa responsable France Gamerre a appelé à voter Vauzelle) : 2,51%
- du MoDem (plus proche en région de la gauche que de la droite même si aucune consigne de vote n’a été donnée) : 2,33%
Rendez-vous dimanche 21 mars pour suivre en direct le 2nd tour des élections régionales sur fini-parti. Et répondre à cette poignée de questions…



Visiblement la CGT a annoncé un déblocage des émissions de France3, fini-parti à la télé demain ?
ça semble en prendre la direction ! rdv demain à partir de 19h, crois-je savoir. Plus d’infos demain.
[...] 08h21. Pour tout savoir (ou presque) des enjeux de ce second tour des régionales en cliquant ici. [...]